RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 19 OCTOBRE 1901
Assistance au brick René par les trois canots de sauvetage de Penmarc’h.
Équipage sauvé par les douaniers de Plovan.
Dans la matinée du 19 octobre, par un gros temps de N.-O. accompagné de grains de pluie, l’alarme fut donnée à la fois dans les trois stations avoisinant la pointe de Penmarc’h, qu’un brick avait fait naufrage dans la soirée précédente à Kermen sur la côte de Tréguennec, et que plusieurs naufragés avaient été recueillis dans les fermes du voisinage. Supposant que des marins se trouvaient encore sur l’épave, les canotiers prirent la mer et s’en approchèrent autant que le permettaient les brisants qui déferlaient avec fureur sur les récifs. Apprenant que les derniers survivants du naufrage, accrochés à la mâture, avaient été sauvés par les engins de va-et-vient organisés par les douaniers de Plovan, les trois canots après avoir acquis la certitude qu’aucun homme ne restait à sauver sur le « René » regagnèrent leurs stations respectives.
Équipages des canots(1) : Le Papa Poydenot (station de Saint-Pierre) : Kerloch (Yves Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Carval (Allain(2)), Calvez (Charles), Goyat (Jean), Tanniou (Louis), Carval (Guillaume), Carval (Pierre), Cosquer (Laurent), Chatalain (Jean), Stéphan (Pierre), Boënnec (Pierre), canotiers.
(1) Seul l’équipage du canot de Saint-Pierre est ici mentionné
(2)Alain
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 13 NOVEMBRE 1901
Assistance au brick-goélette morutier Saint Nicolas par les trois canots de sauvetage de Penmarc’h.
Le 13 novembre dans la matinée, les sémaphores de la côte de Penmarc’h signalèrent un navire en détresse et aussitôt les trois stations les plus voisines lancèrent leurs canots. Il faisait gros temps de N.-O. à grains, mer houleuse. Le canot de Kérity, plus rapproché que les deux autres, arriva le premier sur le lieu du sinistre, à un mille environ au sud-est du petit phare du Guilvinec et se trouva en face d’un brick-goélette morutier de Granville, le « Saint Nicolas », échoué sur un fond dur, depuis trois heures du matin. Grâce à d’habiles manœuvres opérées sous la direction d’un pilote du Guilvinec, le navire put se tirer par miracle de la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait, en se frayant un chemin à travers une mer démontée, semée d’écueils. Les trois canots ne rentrèrent au port qu’après s’être assurés que le « Saint Nicolas » ne faisait pas d’eau et ne courait aucun danger.
Équipages des canots(1) : Le Papa Poydenot (station de Saint-Pierre) : Kerloch (Yves-Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Jézégabel (Noël), Durand (Louis), Calvez (Jacques), Cossec (Pierre), Loussouarn (Pierre-Jean), Tanniou (Guillaume), Roux (Marc), Calvez (Thomas), Cariou (Pierre), Milliner (Henri), canotiers.
(1) Seul l’équipage du canot de Saint-Pierre est ici mentionné
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 16 DECEMBRE 1901
Secours au trois-mâts Prisia, de Bremen.
Équipage (vingt-deux marins) porté disparu.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que lundi 16 courant, à deux heures du soir, par tempête du sud-ouest, mer furieuse, j’ai aperçu dans le sud-sud-ouest, à 4 milles environ du poste, un trois-mâts carré(1) n’ayant pour toute voilure que son petit foc établi et ses huniers sur les cargues. Par la pluie et la tempête je l’ai perdu de vue jusqu’à trois heures du soir, puis j’ai pu le distinguer à 3 milles sud-ouest du poste dérivant droit sur la pointe. Voyant le danger j’ai fait aussitôt les signaux d’usage, fait prévenir Saint-Guénolé et Kérity et fait mettre le canot de Saint-Pierre à la mer. Le canot Papa Poydenot, monté par le brave patron Kerloch(2) et ses courageux canotiers, a été mis à la mer à trois heures trente du soir et malgré la tempête et le vent debout, mer en furie, a réussi à rejoindre le bord à quatre heures vingt-deux. Après s’être assuré qu’il n’y avait personne à bord il est revenu à la station où tous sont arrivés à cinq heures dix-huit tout trempés et grelottant de froid, le canot a été aussitôt remisé dans sa maison-abri. Il n’y a pas eu d’avaries ; le canot s’est très bien comporté. On est toujours sans nouvelles de l’équipage du bâtiment naufragé.
Armement du canot Papa Poydenot : Kerloch (Yves-Joseph), patron ; Taniou(3) (Vincent), sous-patron ; Calvez (Jacques), Garrec (Guillaume), Dréo(4) (René), Stéphan (Nonna), Cossec (Pierre), Elgoualch(5) (Vincent), Lay(6) (Isidore), Lay(7) (Pierre), Larnicol (Jean), Calvez (Charles), matelots.
(1) Il s’agit du Prisia, de Bremen
(2) Kerloch Yves-Joseph
(3) Tanniou
(4) Dréau
(5) L’Helgouarch
(6) Le Lay
(7) Le Lay
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 16 DECEMBRE 1902
Secours à la chaloupe de pêche Persévérance.
Six (sept ?) marins sauvés.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous faire connaître que le canot de notre station Papa Poydenot est sorti hier à six heures du soir pour porter secours à la chaloupe de pêche Persévérance montée par six hommes d’équipage. La chaloupe surprise par la tempête au large ne pouvait plus rentrer au port, la mer étant en furie, la nuit étant venue. Elle faisait des signaux de détresse au moyen de son feu qu’elle hissait et amenait alternativement. À six heures trente du soir, le canot de sauvetage en passant à la hauteur de la balise Méan(1) Guen, essuya un paquet de mer qui désarma quatre des canotiers et remplit la chambre du canot, mais l’eau embarquée disparut aussitôt par les soupapes. Continuant sa route, le canot accosta la chaloupe à six heures quarante-cinq ; elle était à moitié remplie d’eau, ses voiles déchirées par les coups de mer. Trois hommes de l’équipage exténués de fatigue et épouvantés embarquèrent de suite dans le canot ; le patron Lelgoualc’h qui ne voulait pas abandonner le bateau, son unique gagne-pain, aidé des trois autres, prit la remorque du canot et tous arrivèrent au port sains et saufs à sept heures trente du soir, non sans difficultés, mais heureux d’embrasser leurs femmes et leurs enfants tout en pleurs qu’ils avaient perdu tout espoir de revoir. Le canot n’a subi aucune avarie et a été mis aussitôt dans son abri. Il s’est très bien comporté.
Veuillez agréer, etc., etc.
Le chef guetteur, Secrétaire-trésorier du Comité local, Yves Salou.
Armement du canot de pêche(2) Papa Poydenot : Kerloch (Joseph(3)), patron ; Durand (Louis), brigadier ; Carval (Allain(4)), Lay(5) (Isidore), Larnicol (Jean), Floc’h (Nonna), Calvez (Jacques), Garrec (Guillaume), Boënnec (Pierre), Stéphan (Nonna), Dréau (René), Dréau (Louis), canotiers.
(1) Men Guen
(2) Canot de sauvetage
(3) Yves-Joseph
(4) Alain
(5) Le Lay
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 15 JANVIER 1903
Secours au bateau de pêche Notre Dame de Rumengol.
Quatre marins sauvés.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous confirmer mon télégramme du 15 courant, concernant la sortie faite par le canot de sauvetage Papa Poydenot dans la nuit du quinze pour porter secours au bateau de pêche Notre Dame de Rumengol qui était en perdition à un mille environ de la pointe. Je me trouvais au sémaphore vers sept heures du soir quand deux marins vinrent, tout essoufflés, me prévenir que l’équipage d’un canot ou d’un bâtiment en détresse criait au large, demandant du secours. Après m’en être assuré moi-même, je tirai les deux coups de canon d’usage, et fis mettre à l’eau le canot de notre station. La nuit était très noire, tempête du Sud-Est, mer grosse ; en moins de deux minutes, grâce au bon état du matériel, au dévouement du patron Kerloch(1), des canotiers et des riverains présents, le canot fut mis à l’eau et fit route ensuite vers l’endroit où l’on croyait avoir entendu des appels ; mais tout à coup les cris cessèrent, les canotiers rendus sur les lieux, malgré leurs appels, ne recevaient plus de réponse. À force de fouiller dans les ténèbres, ils découvrirent au sud de l’île Nonna, sur un plateau de roches appelé « La petite voleuse », un canot chaviré, ses voiles à l’eau et deux hommes cramponnés sur la roche, ne donnant plus signe de vie ; deux autres marins étaient évanouis dans le canot. Aussitôt le brave Kerloch crie à ses canotiers : « Courage, mes amis, profitons de l’embellie pour accoster la roche. » À sa voix, tous les canotiers se lèvent, tous prêts à se dévouer. Le sous-patron Tanniou(2), malgré le froid intense et bien que relevant de maladie, dès que le canot aborde la roche, saute à l’eau jusqu’aux épaules (le thermomètre marquant à sept heures du soir 7 degrés au-dessous de zéro), prend un des naufragés sur les bras et, épouvanté, s’écrie : « Il est mort de froid ! » Grâce aux manœuvres habiles du patron pour éviter les coups de mer, et au sang-froid des canotiers, les quatre naufragés furent embarqués en un clin d’œil dans le canot où les canotiers leur prodiguèrent les premiers soins et furent assez heureux pour les ranimer au bout d’une demi-heure, au moyen du rhum et médicaments que la Société met à leur disposition. Le canot est rentré au port à huit heures trente ; les canotiers, tous trempés, grelottant de froid, furent salués par la foule avec enthousiasme. Le dévouement des canotiers ne s’est pas arrêté là ; après avoir mis leur canot dans la maison-abri, changé leurs vêtements, ils partirent toujours sous la direction du patron Kerloch à dix heures du soir, à mer basse, avec des canots du port travailler au renflouement du canot naufragé, seule ressource du patron Salaun. À quatre heures trente du matin, ils ramenaient le Notre Dame de Rumengol qui a subi de grandes avaries. Noms des hommes sauvés : Salaun (Nonna), patron ; Gallo (Joseph), Floc’h (Jacques), Le Lay (Pierre-Jean), marins.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Yves-Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Carval (Alain), Floc’h (Nonna), Calvez (Jacques), Garrec (Guillaume), Lay(3) (Pierre), Larnicol (Jean), Dréau (Louis), Brun(4) (Louis), Tanniou (Louis), canotiers.
Veuillez agréer, etc., etc.
Le chef guetteur, Secrétaire-trésorier du Comité local, Yves Salou.
(1) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
(2) Tanniou Vincent
(3) Le Lay
(4) Le Brun
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 13 MAI 1904
Assistance aux chaloupes de pêche Prince d’Eckmühl, Notre Dame de la Joie et Rédempteur.
Équipage de Papa Poydenot non mentionné.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’hier les trois chaloupes de pêche de notre port les NOS 1915 Prince d’Eckmühl, patron Floch ; 1743 Notre Dame de la Joie, patron Carval (Alain) et le N° 1612 Rédempteur, patron Tanniou (Jacques), surpris au large par la tempête, ne pouvaient rentrer au port. La vue était très mauvaise. On apercevait le Rédempteur à 9 heures du matin à environ 1 mille et demi au large se dirigeant vers l’entrée du port qui était impraticable. Voyant le danger, nous avons mis immédiatement le Papa Poydenot à la mer en lui donnant mission de protéger l’entrée. Malgré la présence de notre canot le patron Tanniou laissa arriver à 500 mètres de la passe et fit route ensuite vent arrière sur Saint-Guénolé où, malgré une mer démontée et rassuré par la présence du canot de sauvetage de notre station, il put entrer sans trop de difficultés. À 10 h. 45, le Prince d’Eckmühl arrivait devant le port, faisait la même manœuvre que le précédent et se dirigeait sur Kérity. Peu après le Notre Dame de la Joie arrivait également et, rassuré par la présence de notre canot, donnait dans le port de Saint-Guénolé après avoir essuyé plusieurs coups de mer qui l’avaient à moitié rempli d’eau. Voyant tous les bateaux rentrés, le canot est revenu au port à 1 heure du soir et a été remisé immédiatement dans son abri. Ces trois chaloupes ont été forcées d’abandonner une partie de leurs filets ; il ventait tempête et la mer était furieuse.
Le chef guetteur, Secrétaire-trésorier du Comité local, Y. Salou.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 3 AOUT 1905
Secours aux chaloupes de pêche Étoile Polaire et Saint Nicolas.
(Évènement relevé sur le tableau des sorties de l’abri ; rapport non trouvé et à rechercher.)
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 28 MARS 1906
Secours à la chaloupe de pêche Sans Repos, de Guilvinec.
Sept marins sauvés.
Monsieur le Président,
Comme suite à mon télégramme d’hier, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le 28 courant, à 3 heures du matin, par un vent violent du Nord-Est, temps très froid, grains de neige, le sous-patron du canot de sauvetage, Tanniou(1), venant de visiter ses filets, vint avertir la station qu’une chaloupe de pêche était en perdition, échouée sur la roche dite Méen Brizou, récif très dangereux situé à environ 200 mètres Sud de l’île Nonna ; l’équipage criait, disait-il, demandant du secours. Le patron Kerloch(2), prévenu, réveilla aussitôt ses canotiers, fit mettre le canot à l’eau et se dirigea vers l’endroit signalé. C’était la chaloupe de pêche Sans Repos, montée par sept hommes d’équipage. L’équipage mouillé, grelottant de froid, pouvait à peine se remuer. Ces malheureux ont déclaré que leur bateau avait touché la veille vers les 9 heures du soir, qu’ils avaient fait leur possible pour se déséchouer ; mais, vaincus par le froid, ils s’étaient résignés à appeler du secours. Le patron Kerloch mit immédiatement une partie de ses canotiers à leur disposition et prit les dispositions nécessaires pour le renflouement. À 5 heures du matin, le canot naufragé était à flot. Le Sans Repos avait son gouvernail cassé et différentes avaries dans la quille. Le canot de sauvetage est rentré au port à 5 h. 30, sans avaries, avec les sept naufragés qui, après avoir reçu chez le patron Kerloch du réconfortant et les soins nécessaires, se sont dirigés sur Guilvinec, leur port d’attache. Notre dévoué patron et ses braves canotiers, malgré le froid et la tempête, mouillés jusqu’à la ceinture en mettant le canot à l’eau ont fait preuve d’un courage et d’une énergie dignes d’éloges. Le pauvre mousse Folgoas, âgé seulement de douze ans, n’a pu être ranimé qu’après deux heures de soins énergiques et dévoués qui lui furent prodigués par le patron Kerloch et sa femme.
Le Secrétaire du Comité local, Yves Salou.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch, patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Calvez (Jacques), Garrec (Guillaume), Larnicol (Jean), Floch(3) (Nonna), Dréau (René), Calvez (Charles), Le Lay (Pierre), Durand (Louis), Carval (Alain), Tanneau (François), matelots du canot de sauvetage.
(1) Tanniou Vincent
(2) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
(3) Floc’h
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 14 OCTOBRE 1906
Secours à un canot de pêche.
Équipage sauvé par une chaloupe de pêche.
Monsieur le Président,
Comme suite à mon télégramme, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance qu’hier, à 10 h. 35 du matin, un nommé Palud (Alexandre), marin, est venu m’aviser qu’un canot avait sombré dans un grain violent, à environ un mille au large, sur le plateau de Menhir. Je fis aussitôt mettre le canot de sauvetage à l’eau et à 10 h. 40, il quittait le port pour se rendre sur le lieu du naufrage. Heureusement, la chaloupe n° 1584, de Quimper, patron Normand, qui se trouvait dans le voisinage de l’accident, se porta au secours des naufragés et put embarquer à son bord, non sans danger, car la mer était grosse, l’équipage qui était dans l’eau et les ramena à Kérity. Il était temps, car le mousse allait disparaître ; il est arrivé à Kérity évanoui, et ce n’est qu’à force de soins, qui lui furent prodigués par le patron Jégou, qu’on put le ramener à la vie. Notre canot, après s’être assuré que tout le monde était sauvé, revint à terre, sans avaries, à midi.
Le Secrétaire du Comité local, Yves Salou, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Tanniou (Vincent), sous-patron ; Durand (Louis), Carval (Alain), canotiers, et Lelgouarch(1) (Adolphe), Palud (Alexandre), Floch(2) (Jean), Drézen (Jean), Larnicol (François), Cloarec (Yves), Monfort (Louis), Calvez (Alain) et Floch(3) (Pierre), supplémentaires.
(1) L’Helgouarch
(2) Floc’h
(3) Floc’H
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 17 DECEMBRE 1906
Recherche infructueuse entre Saint-Guénolé et Kérity.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le 17 courant, à 8 h. 20 du soir, on est venu avertir le patron Kerloch(1) qu’on entendait au large des cris désespérés. Le patron Kerloch mit aussitôt le canot à l’eau et se dirigea vers la Jument d’où provenaient les appels. Rendu sur les lieux, il se mit à explorer tous les passages entre Saint-Guénolé et Kérity ; ses recherches ayant été infructueuses, il rentra au port sans avaries à 1 heure du matin, après avoir passé 4 heures en mer. Tous ces marins étaient mouillés jusqu’au cou à cause de grandes difficultés qu’ils avaient eues à mettre le canot à l’eau, la mer étant basse. Tous nos canotiers ont été très courageux, ils étaient exténués de fatigue et grelottaient de froid à leur arrivée à terre.
Le Secrétaire du Comité local, Yves Salou, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Dréan(2) (René), Dréan(3) (Louis), Larnicol (Jean), Salaun (Nonna), Durand (Louis), canotiers ; Biger (Jacques), Floc’h (Denis), Cloarec (Yves), Barriou(4) (François), Larnicol (Vincent), supplémentaires.
(1) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
(2) Dréau
(3) Dréau
(4) Bariou
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 28 OCTOBRE 1907
Secours au canot de pêche Danaïde.
Six marins sauvés.
Monsieur le Président,
Comme suite à mon télégramme, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance qu’hier, 28 octobre, à 9 heures du matin, le canot de pêche Danaïde, six hommes d’équipage, patron Guichaoua (Hervé), du port de Kérity, se rendait à la pêche dans la baie d’Audierne. Arrivé à la hauteur de l’île Nonna, dans le canal dit « Ar Houer », passage très dangereux, il reçut un coup de mer qui le jeta dans les brisants. La mer était très grosse. Le patron Carval (Alain) passait non loin du lieu du naufrage et voyant le danger se dirigea avec son embarcation vers le port. Ses canotiers, aidés par les équipages des deux autres canots de Kérity, armèrent le canot de sauvetage Papa Poydenot, qui fut mis à l’eau à 9 heures. À 9 h. 20, il arrivait sur le lieu du naufrage ; il était temps, le canot était défoncé et rempli d’eau, et le pauvre mousse dans l’eau allait disparaître sans le dévouement du patron Carval(1) qui s’est jeté, sans hésiter, à l’eau au moment où l’enfant disparaissait. Les six naufragés sont arrivés au port avec le canot de sauvetage à 10 h. 30, ils ont été soignés par Mme Kerloch(2), femme du patron ; malheureusement le pauvre mousse Guichaoua a une grave blessure et paraît avoir la jambe cassée. Le canot de sauvetage fut remis aussitôt dans son abri. Tous ces canotiers, en grande partie étrangers à la station, méritent des louanges pour leur sang-froid et pour leur courage, et pour le soin qu’ils ont pris du canot dans la sortie.
Le Sectétaire du Comité local, Yves Salou, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Carval (Alain), patron par intérim ; Calvez (Jacques), canotier ; Stéphan (Jacques), Calvez (Alain), Buannic (Michel), Dréau (Yves), Correc (Félix), Loussouarn (Augustin), Talbot (Eugène), Correc (Sébastien), Calvez (Pierre), Boënnec (Charles), supplémentaires.
(1) Carval Alain
(2) Epouse de Kerloch Yves-Joseph, patron du Papa Poydenot
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 28 OCTOBRE 1907
Secours à un canot de pêche de Kérity.
Équipage sauvé par un autre canot de pêche de Kérity.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le canot de notre station est sorti de nouveau le 28, pour la deuxième fois, afin de porter secours à un canot de Kérity coulé par un coup de mer à l’entrée du canal Pen ar Guéar, à environ 2 milles, au Sud de la pointe de Penmarc’h. Le canot naufragé a disparu aussitôt ; l’équipage se tenait sur les filets et les avirons. Le patron Correc (Félix), de Kérity, a sauvé l’équipage avant l’arrivée du canot de sauvetage. La mer était très grosse et ce n’est que grâce à une chance exceptionnelle que le canot sauveteur a pu gagner le port de Kérity après avoir reçu trois affreux coups de mer pendant qu’il opérait le sauvetage. Le canot Papa Poydenot, après avoir passé une demi-heure sur les lieux du naufrage, a regagné aussitôt la station sans avarie à 5 heures du soir ; l’équipage était très fatigué.
Le Secrétaire du Comité local, Yves Salou, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Carval (Alain), patron par intérim ; Calvez (Jacques), canotier ; Le Borgne (Théophile), Calvez (Alain), Bariou (Sébastien), Tirilly (Michel), Stéphan (Alain), Dréau (Yves), Guichaoua (Hervé), Stéphan (Jean).
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 24 MARS 1908
Assistance à la flottille de Saint-Pierre rentrant au port.
Monsieur le Président,
Comme suite à mon télégramme, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le canot Papa Poydenot est sorti hier porter secours à notre flottille de pêche, surprise au large par une mer démontée. À 9 heures du matin, la chaloupe Prince d’Eckmühl, patron Floc’h (Nonna), arrive devant la passe et tente d’entrer, mais malgré la présence du canot de sauvetage, il rebrousse chemin et se dirige vers le Guilvinec. Le canot est resté sur les lieux et à 11 h. 30 la chaloupe Romaine, patron Carval (Nonna), arrive et essaie également d’entrer, mais la mer est tellement en furie, qu’il se dirige, accompagné par le canot de sauvetage, vers le port de Kérity, où il est entré à 12 h. 20, sans avarie ; les sept autres bateaux de notre port se sont réfugiés au Guilvinec et à Concarneau ; tous ont perdu leurs filets, bouées et fanaux. À 2 h. du soir, après avoir reçu des nouvelles par télégraphe de l’arrivée des bateaux manquants à Concarneau et Guilvinec, le canot est rentré en bon état et a été remisé aussitôt dans la maison-abri.
Le chef guetteur, Yves Salou, Secrétaire du Comité local.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Yves-Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Floc’h (Nonna), Durand (Louis), Tanneau (François), Lay(1) (Pierre), Carval (Alain), Calvez (Charles), Larnicol (Jean), Dréan(2) (Louis), Floc’h (Vincent) et Stéphan (Sébastien), canotiers.
(1) Le Lay
(2) Dréau
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 28 AVRIL 1908
Assistance à six chaloupes de pêche de Saint-Pierre.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance qu'avant-hier 28, à 9 heures du matin la mer étant très grosse et l'entrée du port très dangereuse, six canots de notre port étaient pris au large. Quatre de ces canots se sont présentés devant le port à 9 h. 40. Voyant le danger, le guetteur de service s'est empressé de prévenir le patron Kerloc’h(1) qui a mis aussitôt le canot à la mer et s'est dirigé vers l'entrée. Grâce à la présence du canot ces quatre embarcations ont pu sans grandes avaries rentrer au port. Le canot est resté sur les lieux jusqu'à 12 h. 15 attendant l'arrivée des deux autres canots manquants qui, malgré la présence du canot, n'ont pas osé franchir la passe, ils se sont dirigés vers Le Guilvinec. Le canot de sauvetage arrivé au port à 12 h. 30 fut remis aussitôt sans avaries dans la maison-abri.
Le Chef Guetteur, Salou (Yves), Secrétaire du Comité local.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloc’h, patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Durand (Louis), Tanneau (François), Calvez (Charles), Loussouarn (Pierre-Jean), Carval (Alain), Larnicol (Jean), Stéphan (Jean), Floc’h (René), Lay(2) (Isidore) et Floc’h (Nonna), matelots du canot de sauvetage.
(1) Kerloch (Yves-Joseph), pour toutes les occurrences
(2) Le Lay
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 5 MAI 1908
Secours au canot de pêche Sainte Thumette.
Trois marins sauvés.
Monsieur le Président,
Comme suite à mon télégramme d'hier matin. J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que le canot de sauvetage « Papa Poydenot » est sorti hier 5 courant à 5 heures du matin, pour porter secours au canot « Sainte Thumette » n° 1970 de Quimper ; ce canot, monté par trois hommes d'équipage patron Drézen (Alain), était échoué sur un plateau de roches, à environ 2 encablures au sud de l'île Nonna. D'après la déclaration du patron, le naufrage avait eu lieu vers 3 heures du matin ; le canot était défoncé et les naufragés dans l'eau grelottaient de froid. Après un accostage très difficile, on a pu venir à bout de sauver les trois hommes au moyen d’un va et vient, le canot est revenu aussitôt à terre et a été remisé à 7 heures dans sa maison-abri, sans avaries. Les naufragés et les canotiers ont été soignés à leur arrivée à terre chez le patron Kerloc'h(1). Le patron Drézen, qui a été soigné dans le canot de sauvetage, avait plusieurs blessures aux mains et à la tête.
Le Chef Guetteur, Salou (Yves), Secrétaire du Comité local.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloc’h (Yves-Joseph), patron ; Lay(2) (Pierre), Floc’h (Nonna), Stephan(3) (Nonna), Dréan(4) (Louis), Floc’h (René), Larnicol (Jean), Dréan(5) (René), Boennec(6) (Pierre), Boennec(7) (Paul), Brun(8) (Corentin) et Floc’h (Denis), matelots du canot de sauvetage.
(1) Kerloch (Yves-Joseph), pour toutes les occurrences
(2) Le Lay
(3) Stéphan
(4) Dréau
(5) Dréau
(6) Boënnec
(7) Boënnec
(8) Le Brun
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 22 AVRIL 1909
Assistance au bateau de pêche la Kéritienne, de Kérity.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée hier matin 22 courant, à 10 heures, par le canot de sauvetage Papa Poydenot de notre station, pour secourir le bateau de pêche la Kéritienne n° 2472 du port de Kérity. Ce dernier venait du large par forte tempête de Sud et ayant sa vergue de misaine cassée, toutes ses voiles au bas ris, quand arrivé à hauteur et au Sud de l’île Nonna il manqua à virer. Le courant et le vent lui faisaient courir un réel danger, car il n’était en ce moment qu’à un demi-mille de cette roche ; ce fut un vrai miracle qu’avant l’arrivée du canot, il ait réussi dans sa manœuvre et ait pu se retirer des brisants de la Voleuse où infailliblement les hommes se seraient tous noyés. Après bien des difficultés, il put se rendre au mouillage de Saint-Guénolé en attendant la marée pour rentrer dans ce port. La conduite de nos braves marins en cette occasion a été digne d’éloges, car la mer était furieuse et pour affronter de pareils dangers il faut faire le sacrifice de soi-même. Le canot a été rentré dans son abri à 3 h. 30.
Le Secrétaire du Comité local, Lazennec, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph(1)), patron ; Tanneau(2) (Vincent), sous-patron ; Carval (Alain), Lay(3) (Pierre), Loussauarn(4) (Louis), Dréau (René), Floch(5) (René),Garrec(Guillaume), canotiers ; Guirriec (Michel), Lelgouach(6) (Jean), Garrec (Pierre) et Guirriec (Hervé), auxiliaires.
(1) Yves-Joseph
(2) Tanniou Vincent ?
(3) Le Lay
(4) Loussouarn
(5) Floc’h
(6) L’Helgouarch
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 23 AVRIL 1909
Assistance au bateau de pêche Baltazar, de Saint-Pierre.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie ce matin à 8 h. 30 du canot de sauvetage Papa Poydenot pour donner assistance au bateau de pêche Baltazar n° 2219, patron Bariou, du port de Saint-Pierre. L’entrée du port était très dangereuse en ce moment, et la mer démontée par suite de la tempête qui sévissait avec rage quoiqu’avec moins d’intensité qu’hier ; il fut assez heureux pour ramener ce bateau en sûreté sur rade ; la conduite de tous les canotiers, inutile de vous le dire, Monsieur le Président, est digne d’éloges par l’empressement et la ténacité dont ils font preuve en toutes circonstances pour secourir leurs semblables, le canot a été rentré à son abri à midi.
Le Sectétaire du Comité local, Lazennec, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph(1)), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Carval (Alain), Calvez (Charles), Loussouarn (Louis), Larnicol (Jean), Durand (Louis), Floch(2) (Nonna), Floch(3) (René), Lay(4) (Pierre), Garrec (Guillaume), canotiers, et Lucas (Thomas), auxiliaire.
(1) Yves-Joseph
(2) Floc’h
(3) Floc’h
(4) Le Lay
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 26 AVRIL 1909
Secours à la barque de pêche Vive Jésus et sa Croix.
Quatre marins sauvés.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de vous rendre compte du sauvetage, accompli d'une façon particulièrement dangereuse par le canot de sauvetage « Papa Poydenot » de notre station, de la barque de pèche « Vive Jésus et sa Croix n° 2202 », patron Tréguer, du port du Guilvinec. Ce bateau venait du lieu de pêche par bonne brise du S.-0., mer grosse au plus près, sous amures avec un ris dans sa misaine, lorsque arrivé au passage dangereux, dit le « Couer », qu'il avait pris pour abréger sa route, il vint s'échouer et se briser sur les rochers. Il demanda aussitôt du secours. Le patron du canot et les canotiers, qui ne se trouvaient pas loin, furent aussitôt prévenus et se portèrent immédiatement à son aide : il était alors 6 h. 30 du matin. Après bien des difficultés et trois tentatives, nos canotiers réussirent à l'accoster sous le vent et à prendre à leur bord les quatre hommes composant l'équipage. Cette manœuvre fut très périlleuse par suite de l’état de la mer et du peu de profondeur d'eau à cet endroit ; notre canot courut le risque de faire des avaries et même de se briser sur les écueils. Trois des canotiers ont été légèrement blessés, aux jambes et aux mains. Le canot est rentré au port avec les naufragés vers 8 heures. Ceux-ci étaient tous mouillés et exténués de fatigue; la femme du chef guetteur, les voyant ainsi, les fît entrer et se réconforter chez elle; ensuite Mme Kerloch, femme du patron du canot dont le dévouement à ses semblables est bien connu, les fit changer de linge chez elle.
Le Secrétaire du Comité local, Lazennec, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph(1)), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Lergouach(2) (Vincent), Floch(3) (Nonna), Lay(4) (Pierre), Durand (Louis), Floch(5) (René), Larnicol (Jean), Dréau (Louis), canotiers ; Stéphan (Sébastien), Larnicol (Vincent) et Lelgouach(6) (Jean), supplémentaires.
(1) Yves-Joseph
(2) L’Helgouarch
(3) Floc’h
(4) Le Lay
(5) Floc’h (
6) L’Helgouarch
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 26 MAI 1909
Secours au canot Mélanie.
(Événement relevé sur le tableau des sorties de l’abri ; rapport non trouvé et à rechercher.)
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS LE 26 MAI 1909 Secours des canots des trois stations à la chaloupe de pêche Albertine, de Guilvinec.
Un marin sauvé par le Maman Poydenot. Deux disparus.
Monsieur le Président,
Le 26 mai, vers 8 heures du matin, par forte tempête N.-O., mer très grosse, on aperçut à environ 2 milles un bateau de pêche, Albertine du port de Guilvinec, cherchant à relâcher à Saint-Guénolé, mais ne pouvant continuer sa route au Sud. Je fis prévenir le patron Kerloch(1) de mettre le canot à la mer pour lui porter secours, ce qui fût fait immédiatement ; malheureusement, avant que le bateau fût hors du port, ce bateau a sombré chargé par une grosse lame à quelque distance des roches Basse-Gouarch et Cadoreck. Le patron enleva ses hommes du geste et de la voix : « Souquez garçons ! nous arrivons. » Mais 2 milles par une mer absolument démontée et vent debout ne se font pas vite ; enfin notre canot arrive à force de rames à l’endroit où ce bateau a disparu. Il explore les environs pendant que le canot de Saint-Guénolé, qui essaie de doubler par le Nord, ne peut réussir et revient sur ses pas. Ce dernier a cependant la chance de trouver en dedans des brisants, sur lesquels il avait passé, un homme engagé dans des filets et dont la tête seule émergeait hors de l’eau. Un fort grain arrive en ce moment ; le patron Kerloch aperçoit deux hommes cramponnés à des avirons à environ 300 mètres de lui ; il se dirige aussitôt sur les brisants, quoiqu’aveuglé par la pluie et les coups de mer, encourageant ses hommes qui commencent à sentir la fatigue, éreintés par une nage de trois quarts d’heure. Hélas ! on n’eut pas le temps d’arriver jusqu’à eux. Ces malheureux avaient disparu. Notre canot resta pendant une heure et demie sur les lieux, courant d’un brisant à un autre. Le canot de Kérity était là aussi pendant que celui de Saint-guénolé rentrait au port avec l’homme sauvé.
Le Secrétaire du Comité local, Lazennec, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Carval (Alain), Garrec (Guillaume), Dréau (René), Larnicol (Jean), Le Lay (Pierre), Stéphan (Nonna), Salaun (Nonna), Boënnec (Pierre), Durand (Louis), canotiers, Drézen (Louis), volontaire.
(1) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 16 AVRIL 1910
Action simultanée des trois canots de Penmarc’h au secours du canot de pêche Piquer, vers la Jument.
Deux marins sauvés par le Santa Lucia de Léchiagat ; un disparu.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée par le canot de sauvetage Papa Poydenot de notre station, hier soir vers 4 h. 30, pour porter secours au bateau N° 2841(1), du port de Guilvinec-Léchiagat, chaviré par une grosse lame dans le chenal de la Jument à environ 1 mille et demi du sémaphore. Je fis aussitôt les signaux d’alarme en faisant prévenir le patron ; et, quelques minutes après l’équipage, rallié et embarqué dans le canot, se dirigeait à force de rames à son secours. Les stations de Kérity et de Saint-Guénolé firent de même. Le bateau de pêche Santa Maria(2), patron Honoret, qui suivait le 2841 à quelques centaines de mètres, réussit par une manœuvre aussi hardie que périlleuse, vu l’état de la mer qui était très grosse, à sauver l’équipage sauf un jeune homme de seize ans à qui il avait jeté ses avirons. Les canots de Saint-Pierre et de Kérity qui arrivaient également s’aventurèrent dans les brisants pour faire des recherches ; mais, hélas ! vainement ; le malheureux avait été englouti ; ils sont restés sur les lieux du naufrage jusqu’à 6 h. 45, heure à laquelle ils sont rentrés au port. Tous les canotiers étaient exténués de fatigue et trempés jusqu’aux os.
Le Secrétaire du Comité local, Lazennec, Chef guetteur.
Armement du canot de sauvetage Papa Poydenot : Kerloch (Joseph(3)), patron ; Tanneau(4) (Vincent), sous-patron ; Carvael(5) (Alain), Salaun (Nonna), Loussouarn (Louis), Floch(6) (Louis), Calvez (Jacques), canotiers ; Floch(7) (Nonna), Floch(8) (Alain), Tanniou (Jacques), Tanneau (Jean), Le Brun (Corentin), auxiliaires.
(1) Il s’agit du canot de pêche Piquer
(2) Santa Lucia
(3) Yves-Joseph
(4) Tanniou ?
(5) Carval
(6) Floc’h
(7) Floc’h
(8) Floc’h
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 15 OCTOBRE 1910
Action simultanée des trois canots de sauvetage de Penmarc’h au secours du Saint Tual.
Équipage disparu.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée par le canot de sauvetage Papa Poydenot de notre station, par violente tempête de Sud-Est. À 3 h. 30 de l’après-midi étant de service, j’aperçois un mât appartenant à un bateau sombré et dérivant dans l’Ouest-Nord-Ouest à environ 3 milles au sud du sémaphore. Je fis immédiatement prévenir le patron Kerloch(1) et aidé de mon auxiliaire je fis les signaux d’alarme afin de prévenir Kérity et Saint-Guénolé qui également mirent leur canot de sauvetage à la mer ; je leur indiquai en même temps la route à suivre. En raison de la grande distance et de l’état de la mer je ne pouvais voir avec la longue-vue s’il y avait quelqu’un à bord ; je ne l’ai su qu’à l’arrivée des sauveteurs ; hélas ! il n’y avait plus personne ; le bateau s’appelle Saint Tual n° 2141. Les canots sont restés sur les lieux jusqu’à la nuit explorant vainement la mer dans toutes les directions. L’atterrissage fut très pénible en raison de l’obscurité ; la mer était affreuse et formait sur toute la côte un brisant ininterrompu. Le canot de Kérity, pour éviter de plus grandes difficultés, est rentré au port de Saint-Pierre à 7 h. 30 du soir, en même temps que le canot de notre station Papa Poydenot. Les équipages étaient complètement éreintés et mouillés après une nage de 4 heures, ils sont vraiment dignes des plus vifs éloges.
Le Secrétaire du Comité local, Lazennec (François-Marie), Chef guetteur.
Armement du canot Papa Poydenot : Kerloch (Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Floch(2) (Nonna), Carval (Alain), Garrec (Guillaume), Larnicol (Jean), Stéphan (Jean), canotiers ; Tanniou (Louis), Larnicol (François), Calvez (François), Le Brun (Corentin), supplémentaires.
(1) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
(2) Floc’h
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 30 AVRIL 1911
Assistance au bateau de pêche Rédempteur, de Saint-Pierre.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée hier au soir par le canot de sauvetage Papa Poydenot de notre station. À 5 h. 30, le bateau de pêche Rédempteur n° 2495, Q., patron Tanniou (Vincent), du port de Saint-Pierre, revenant de vendre le produit de sa pêche au Guilvinec, fut surpris par l’ouragan à 3 milles Ouest-Sud-Ouest. La mer était très grosse, ce n’était qu’un brisant partout. Je fis prévenir le patron Kerloch(1) de mettre le canot à la mer afin de porter assistance au Rédempteur pour la rentrée au port ; en effet, arrivé à hauteur de la Petite Voleuse et en prenant les alignements pour entrer, le bateau a été rempli par les lames et, sans les secours donnés à temps par l’équipage du canot de sauvetage Papa Poydenot au milieu des brisants, nous aurions certainement eu à déplorer la perte de l’équipage et du bateau lui-même.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Lazennec (François-Marie), Chef guetteur.
Armement du canot Papa Poydenot : Kerloch (Yves-Joseph), patron ; Tanniou (Vincent), sous-patron ; Floch(2) (Nonna), Carval (Allain(3)), Calvez (Jacques), Floch(4) (Louis), Loussouarn (Louis), Stéphan (Nonna), Calvez (Charles), Lelgouach(5) (Vincent), Tanneau (François), Jégou (Jean-Marie), canotiers.
(1) Kerloch Yves-Joseph
(2) Floc’h
(3) Alain
(4) Floc’h
(5) L’Helgouarch
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 3 DECEMBRE 1911
Assistance aux bateaux de pêche rentrant au port de Saint-Pierre.
Équipage de Papa Poydenot non mentionné.
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la sortie effectuée hier après-midi, à 3 h. 30, du canot de sauvetage Papa Poydenot de notre station, pour donner assistance aux bateaux de pêche de Saint-Pierre pour leur rentrée au port. Le vent ne soufflait qu’à jolie brise du Sud, mais la mer était très grosse ; ce n’est qu’avec beaucoup de mal et en profitant des embellies et escortés du canot au fur et à mesure de leur arrivée, qu’ils ont tous pu rentrer sains et saufs. À la nuit, le patron voyant une chaloupe montée par neuf hommes se dirigeant sur Kérity a aussitôt fait route sur le chenal de la Jument afin de lui porter également assistance en cas de besoin ; heureusement il n’eut pas à intervenir, ce bateau ayant fait les passes sans accident. Le canot Papa Poydenot est rentré au port à 7 h. 30 et remisé à son abri à 8 heures ; l’équipage bien fatigué par une nage de quatre heures ne mérite que des éloges.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Lazennec (François-Marie), Chef guetteur. RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 6 JANVIER 1912
Secours des trois canots de sauvetage de Penmarc’h et du poste des douanes de Kérity au trois-mâts Antoinette.
Équipage (14 hommes) sauvé par un va-et-vient terre-navire.
Équipage de Papa Poydenot non mentionné, sauf le patron Kerloch Yves-Joseph, le sous-patron Tanniou Vincent, les canotiers Garrec Guillaume, Tanniou Alain et Tanniou Louis.
Monsieur le Président,
Le 6 janvier courant, vers deux heures trente, j’ai aperçu un trois-mâts à un mille et demi dans l’Ouest-Nord-Ouest du poste, bâbord amures, sous le petit hunier fixe, le petit foc et la brigantine de cap, faisant route au nord. Le vent d’Ouest-Sud-Ouest soufflait en tempête, la mer très grosse, le temps bouché par un épais brouillard. Le navire ne montrait aucun signe extérieur de demande d’assistance. Mais vu sa proximité de la côte avec une voilure aussi réduite, je fis prévenir le patron Kerloch(1) du danger que pouvait courir ce navire. L’on sortit alors le canot de sauvetage Papa Poydenot qui a été envoyé par la voie de terre à Pors-Carn(2) où l’on jugeait que ce trois-mâts aurait fait côte s’il n’avait pas établi d’autre voilure. Arrivés à Pors-Carn, nous le vîmes continuer sa route sous les mêmes amures. Alors le patron Kerloch décida de laisser le canot sous la garde d’un canotier, prit tous les engins de sauvetage dont il disposait et, avec ses hommes, fit route en suivant la côte ; après une marche très pénible dans le sable pendant une heure et demie il arriva au navire Antoinette de Nantes qui avait fait côte à Tréguennec sous Plovan… Le capitaine de ce navire jeta à l’eau un petit câblot sur lequel il avait fixé une bouée qui vint à la côte et, par ce câblot, nous parvînmes, avec l’équipage de Saint-Guénolé, à établir une aussière pour faire un va-et-vient. Les hommes hésitaient à se mettre dans une chaise de corde qui avait été établie lorsque le sous-brigadier des douanes et l’équipage du canot de Kérity, arrivèrent sur les lieux avec le canon lance-amarre, tirèrent un coup de canon pour faire un autre va-et-vient et, avec la sacoche de sauvetage établie sur l’aussière, réussirent en très peu de temps et aidés de tous les marins présents, à sauver les 14 hommes composant l’équipage. Les canotiers de la station de Saint-Pierre qui se sont fait particulièrement remarquer sont Garrec Guillaume, Tanniou Alain et Tanniou Louis. Étant dans l’eau jusqu’aux aisselles au risque d’être enlevés par les lames, ils ont ramené successivement 8 hommes qu’ils ont remis à terre sains et saufs. Le sous-patron Tanniou Vincent, voyant l’inutilité de garder plus longtemps le canot sur les lieux, fit atteler les chevaux et, avec le deuxième armement, le ramena à son abri où il est arrivé à sept heures trente sans aucune avarie. Le premier armement, sous les ordres du patron Kerloch, est rentré à neuf heures avec les naufragés.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Lazennec (François-Marie), Chef guetteur.
(1) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
(2) Porzh Carn ou Pors Carn, pour toutes les occurrences |
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RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 4 OCTOBRE 1912
Secours à la goélette Arsène.
Événement relevé sur le tableau des sorties de l’abri ; rapport non trouvé et à rechercher. Armement du canot retrouvé dans les archives de la S.N.S.M. à Paris.
Armement du canot Papa Poydenot : Loussouarn (Pierre-Jean), Boënnec (Paul), Loussouarn (Louis), Tanniou (Vincent), Garrec (Guillaume), Larnicol (Jean), Stéphan (Nonna), Boënnec (Pierre), Floch(1) (Louis), Calvez (Charles) et Calvez (Vincent). (1) Floc’h
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 29 MARS 1913
Secours à la chaloupe de pêche La Kéritienne, et assistance aux bateaux de pêche entrant au port de Saint-Pierre.
Équipage de Papa Poydenot non mentionné.
Le 29 mars, la chaloupe de pêche La Kéritienne, du port de Saint-Pierre, regagnait son port d’attache ne pouvant tenir sur les lieux de pêche par suite de la violence du vent et de l’état de la mer. Vers 4 h. 30 du soir, elle voulut franchir l’entrée du port mais elle la manqua et tomba en travers dans les brisants. En ce moment le vent faisait rage de la partie Sud-Ouest, la mer était démontée. Voyant le danger que courait la chaloupe qui, à chaque instant menaçait de remplir et de se briser sur les récifs, je fis prévenir le patron du canot de sauvetage qui arriva aussitôt et qui avec l’aide de ses canotiers et de plusieurs personnes présentes procéda à la mise à la mer du Papa Poydenot. Un quart d’heure après, celui-ci se dirigeait à toutes rames vers la chaloupe en question qu’il atteignit vers 5 h. 10, mais n’eut pas à la secourir, tout danger étant écarté à ce moment ; La Kéritienne avait réussi à se tirer de sa dangereuse position par ses propres moyens. Comme le vent continuait à souffler en tempête et que les bateaux de Saint-Pierre et Kérity regagnaient tous leur port, le Papa Poydenot se tint en permanence à l’entrée du port de Saint-Pierre jusqu’au passage du dernier bateau. Il rentra à 7 h. 30 sans avarie et une demi-heure plus tard était remisé dans son abri.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, E. Le Floch, Guetteur sémaphorique.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 21 AVRIL 1913
Secours à la chaloupe de pêche Notre Dame de Lourdes, de Kérity.
Équipage de Papa Poydenot non mentionné.
Hier, 21 avril, vers 17 h. 40, la chaloupe de pêche Notre Dame de Lourdes de Kérity-Penmarc’h, appartenant aux frères Cloarec, se rendait à la pêche aux maquereaux dans la baie d’Audierne lorsqu’en passant entre l’île Nonna et la pointe du sémaphore elle s’échoua à 200 mètres du poste. La mer était grosse, il ventait bonne brise de Sud-Ouest et il y avait environ 2 heures de jusant. Violemment secoué par les vagues, le bateau menaçait de sombrer. Voyant le danger que couraient les douze hommes d’équipage, je donnai l’ordre de mettre le Papa Poydenot à la mer. L’opération, quoique gênée par les embarcations et les énormes tas de goémon qui se trouvaient dans le port, fut rapidement effectuée et un quart d’heure plus tard nos braves canotiers se portaient à travers les brisants au secours des naufragés. Pendant les opérations de lancement quatre jeunes gens de Saint-Pierre, n’écoutant que leur courage, sautèrent dans un canot à flot près de la cale, et devançant nos sauveteurs arrivèrent sur les lieux du sinistre environ un quart d’heure avant ceux-ci. La mer baissant rapidement, les neuf hommes restés à bord du bateau échoué refusèrent de quitter leur bord. Le Papa Poydenot resta près d’eux prêt à intervenir le cas échéant. Mais au bout d’une demi-heure le bateau naufragé fut complètement à sec, et les neuf hommes purent descendre à terre sains et saufs. Le canot de sauvetage revint à la station où il arriva à 19 h. 10. Le bateau naufragé lancé il y a à peine 20 jours est très gravement avarié et s’il n’est pas entièrement démoli c’est grâce à la solidité de sa construction.
Le secrétaire du Comité de Sauvetage, J. Hervé, Chef guetteur.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 31 MAI 1913
Secours au bateau de pêche Petit François et assistance aux bateaux rentrant au port de Saint-Pierre.
Quatre marins sauvés.
Équipage du Léon Dufour non mentionné,sauf le patron Kerloch Yves-Joseph.
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin vers 23 h. 40 des cris d’appel au secours furent entendus par des marins pêcheurs ; ces cris venaient de la direction de l’île Uonna(1). Avisé aussitôt, je donnais l’ordre de mettre à la mer le Léon Dufour. La nuit était noire, il tombait une pluie battante avec forte brise du Sud-Est ; la mer était grosse par suite de la tempête du Sud qui avait soufflé pendant deux jours jusqu’à hier midi. L’opération de lancement, malgré l’obscurité et le petit nombre de personnes présentes au début, fut rapidement effectuée et à 23 h. 55 le Léon Dufour se portait à travers les brisants vers le point d’où partaient les cris de détresse. Après bien des difficultés, nos braves sauveteurs arrivèrent auprès du bateau naufragé et réussirent à sauver les quatre hommes composant l’équipage du bateau de pêche Petit François n° 2289-Q , patron Bouguion(2). Ce dernier, ainsi que plusieurs autres pêcheurs, profitant d’une légère accalmie, était sorti hier au soir pour la pêche aux maquereaux lorsque vers 20 heures un violent grain l’obligea à rentrer ses filets et à revenir au port. En louvoyant entre l’île Uonna et la pointe du sémaphore il s’échoua sur le plateau de Coer à 500 mètres environ de la côte. Sans le sang-froid et la bravoure du patron Kerloch et de ses braves canotiers nous aurions eu à déplorer la mort presque certaine de Bouguion et des trois jeunes matelots car avec la marée montante leur bateau eut inévitablement été roulé dans les brisants. L’obscurité et la distance qui séparait de la côte les malheureux ne leur auraient pas permis de se sauver. Après avoir déposé à la cale les quatre naufragés le patron Kerloch a repris le large pour se porter le cas échéant au secours des autres bateaux qui rentraient. Le Léon Dufour dont la carrière a si bien débuté à Saint-Pierre est rentré au port à 2 heures du matin.
Le Secrétaire-Trésorier du Comité de Sauvetage, J. Hervé, Chef guetteur.
(1) Nonna, pour toutes les occurrences
(2) Bouguéon, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 13 DECEMBRE 1916
Assistance aux vapeurs Sénégambie, de la Nouvelle Société Commerciale Africaine, et Wilfred, de Trondjheim, menacés par un sous-marin allemand.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Kerloch Yves-Joseph.
J’ai l’honneur de porter à votre connaisance les renseignements suivants sur la sortie effectuée par le Léon Dufour mercredi 13 courant. À 13 heures nous aperçûmes un sous-marin ennemi arrêtant un vapeur norvégien à 6 milles dans le sud de Penmarc’h ; à 13 h. 40 il arrêta un 2eme vapeur norvégien à 8 milles sud-est. Ces deux vapeurs venaient du Sud-Est sur l’Est, le sous-marin les laissa continuer leur route et disparut en plongée à 13 h. 50. À ce moment nous aperçûmes deux vapeurs chargés venant du Nord-Ouest faisant route directement sur l’endroit où nous avions aperçu le sous-marin. Nous reconnûmes le premier de ces vapeurs pour être de la Compagnie Générale Transatlantique(1). Voyant le danger que couraient ces navires d’être coulés, je fis armer le Léon Dufour pour aller les avertir. Le premier des vapeurs ne se trouvait plus qu’à 6 milles de la pointe. L’opération de lancement ne dura pas plus de 5 minutes et à 14 heures le Léon Dufour était à flot. Vu la distance à parcourir je craignais que le vapeur ne passât avant l’arrivée du canot sur sa route ; je pris place à bord afin de lui signaler à bras le cas échéant. Mais nous arrivâmes juste à temps pour lui couper la route à 2 milles dans le Sud-Ouest du sémaphore. Au moyen des signaux à bras je lui signalai de stopper, puis nous approchâmes à portée de voix. Ayant mis le capitaine au courant de la situation, celui-ci nous demande ce qu’il devait faire. N’ayant pas d’ordres à lui donner, je lui conseillai de longer la côte le plus possible et de passer à terre des îles Glénane(2). Mais ne connaissant pas très bien les parages, il demanda un pratique pour le guider. Le patron Kerloch(3) s’offrit immédiatement et monta à bord du vapeur. Celui-ci qui était le Sénégambie de la Compagnie Générale Transatlantique, reprit sa route en rangeant les Étocs. Mais à peine avait-il parcouru un demi-mille que le patron Kerloch aperçut le sous-marin à quelques milles par tribord avant. Devant l’imminence du danger il conseilla au capitaine de venir se réfugier dans l’anse de la Torche en attendant la nuit et de faire route ensuite le plus près possible de terre tous feux éteints. Le capitaine approuva et le Sénégambie remit le cap au Nord-Ouest, et repassant à nous ranger il nous mit au courant de la situation. À ce moment arriva le deuxième vapeur, le Wilfred de Trondjheim, chargé de charbon. Nous l’approchâmes à portée de voix et je lui criai de suivre le Sénégambie, ce qu’il fit aussitôt. Notre mission étant terminée, je fis remettre le cap sur Saint-Pierre où nous arrivâmes à 16 h. 30 sans incident. Dans l’intervalle deux torpilleurs arrivèrent sur les lieux et escortèrent le Sénégambie le long de la côte, mais le Wilfred préféra faire route au large et à la nuit nous le vîmes disparaître à 8 milles dans le Sud-Ouest. Le Sénégambie escorté par les torpilleurs jusqu’au large de Groix arriva jeudi soir à Pauillac et vendredi à Bordeaux sans autre incident. Le patron Kerloch fut vivement remercié et félicité par le capitaine et l’équipage du Sénégambie ainsi que par les représentants de la Compagnie Générale Transatlantique à Bordeaux. Il rentrait chez lui, hier soir, heureux d’avoir préservé d’une destruction à peu près certaine un beau vapeur et une importante cargaison et peut-être de la mort plusieurs personnes. Je suis donc particulièrement heureux de vous signaler la brillante conduite du patron Kerloch et de son vaillant équipage qui n’ont pas hésité un instant à aller au-devant du danger pour faire leur devoir.
Le Secrétaire du Comité, Jacob Hervé.
Lettre adressée au Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés par le Ministre de la Marine.
Le Ministre de la Marine, à Monsieur le Vice-Amiral Touchard, Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.
Amiral,
J’ai l’honneur de vous adresser copie du rapport de mer du capitaine du vapeur Sénégambie de la Nouvelle Société Commerciale Africaine. Il m’est agréable de vous signaler l’intelligente initiative du patron de ce canot de sauvetage, grâce auquel le vapeur Sénégambie a été prévenu du voisinage de l’ennemi et a pu s’abriter le long de la côte.
Veuillez agréer, etc…
Pour le Ministre et par son Ordre : Le Vice-Amiral, Chef d’État-Major Général de la Marine, De Bon.
Rapport de mer du capitaine Oliveau, commandant le Sénégambie.
Bordeaux, le 15 décembre 1916.
Le 13 décembre, vers 15 heures 30, me trouvant par le travers de Penmarc’h, j’aperçus le canot de sauvetage arborant un grand pavillon noir pour attirer l’attention et le patron me faisait des signaux à bras me disant de stopper. J’ai stoppé immédiatement, j’ai appris qu’un sous-marin était aux alentours et que je ne pouvais continuer ma route. J’ai demandé à quelqu’un du canot s’il pouvait me conduire en dedans des Glénan d’où ensuite j’aurais pu continuer ma route. Le patron s’est offert immédiatement et j’ai mis en route aussitôt. Quelques instants après, je me trouvais dans le O.S.O. de Penmarc’h. Tout à coup, tribord avant, nous apercevons un périscope et tout le remous du sous-marin. J’ai viré de bord aussitôt et je me suis approché sans aucune crainte, le plus près possible, des cailloux des Étocs et des roches de Penmarc’h ayant un pilote pratique avec moi. Quelques instants après, j’aperçois deux torpilleurs envoyés de Brest pour chasser le sous-marin. J’ai instruit le commandant du torpilleur sur ce que j’avais vu et lui ai demandé de me convoyer jusqu’aux Glénan ; les torpilleurs m’ont conduit jusque dans le S.O. de Groix. Ce sous-marin était signalé depuis 14 heures par les sémaphores des alentours qui avaient informé Brest. Je ne saurais trop faire d’éloges du courage remarquable des hommes du canot de sauvetage de Saint-Pierre-Penmarc’h qui ont mis le canot à la mer dans le seul but de me prévenir qu’un sous-marin était aux alentours, au risque d’être coulés eux-mêmes. Sans cet avertissement, le navire, sans aucun doute, aurait été coulé, n’ayant aucun moyen de défense à bord. J’ai dû faire route sur Bordeaux avec mon pilote de Penmarc’h. Je dois signaler également que le patron du canot de sauvetage est embarqué à bord mouillé et sans chaussures.
Le capitaine du Sénégambie, Oliveau.
(1) Nouvelle Société Commerciale Africaine, pour toutes les occurrences
(2) Glénan
(3) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 25 JANVIER 1917
Secours à un vapeur(1) coulé par un sous-marin allemand.
Équipage secouru par le patrouilleur Sainte Jéhanne.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Kerloch Yves-Joseph.
Jeudi, 25 courant, vers 10 h. 20, un sous-marin ennemi attaqua à coups de canon un gros vapeur inconnu à quelques milles dans le sud de Penmarc’h. Le temps était très mauvais, très froid, grand frais d’Est-Sud-Est, mer grosse, temps bouché, visibilité 3 milles environ température – 3° à l’ombre. À 10 h. 30, le vapeur étant stoppé à 3 milles environ dans le Sud du sémaphore, nous aperçûmes le sous-marin à côté de lui s’apprêtant sans nul doute à le couler à la torpille ou au moyen de bombes. Vu le peu de visibilité nous ne pouvions distinguer la nationalité du vapeur. Qu’allait devenir son équipage dans de frêles embarcations par un temps pareil ?... Je fis appeler le patron Kerloch(2) et d’un commun accord avec M. Lemoigne, membre et président p.i. du Comité nous décidâmes de mettre à la mer le Léon Dufour. Malheureusement la mer était très basse (nous étions en grande marée) et l’opération paraissait presque impossible parce qu’il fallait traîner le bateau sur une distance de 4 ou 500 mètres, parmi les rochers et les trous d’eau. Mais devant l’imminence du danger, nous n’hésitâmes point et ayant réquisitionné un cheval et fait appel au concours des personnes de bonne volonté, hommes, femmes et mousses, qui malgré la rigueur de la température n’hésitèrent pas à sauter à l’eau pour aider nos braves canotiers, nous réussîmes au bout de trois quarts d’heure d’efforts à mettre à flot le Léon Dufour à 11 h. 40. Le vapeur attaqué flottait toujours, mais commençait à s’enfoncer par l’avant. Le sous-marin était toujours auprès de lui et aucun autre navire n’était en vue. Le Léon Dufour toutes voiles dehors se dirigea sur les lieux. À 11 h. 50, le vapeur s’enfonça dans les flots, ses deux embarcations hissèrent leurs voiles et se dirigèrent vers la terre. Le sous-marin était toujours en surface près d’elles à 3 milles dans l’Ouest du Phare. À 12 h. 15 arriva sur les lieux le patrouilleur Sainte Jéhanne devançant de quelques minutes le Léon Dufour. Il recueillit les naufragés et prit leurs embarcations à la remorque. Le patron Kerloch après avoir accosté le patrouilleur et s’être assuré que tout l’équipage naufragé était sauf, remit le cap sur la terre. Mais la violence du courant portant au Nord-Ouest et les vents presque debout l’obligèrent à se réfugier à Audierne où il arriva à 16 heures. Plusieurs canotiers dont les vêtements étaient trempés souffraient dangereusement du froid. À Audierne, ils furent très bien accueillis par M. l’Administrateur de l’Inscription Maritime et leurs collègues, patron et canotiers de sauvetage. Après avoir mis le bateau en lieu sûr sous la garde du patron Lallemant du Général Béziat et vu le mauvais temps et les vents contraires persistants nos canotiers sont rentrés chez eux hier attendant le retour d’un temps favorable pour aller reprendre leur canot. Malgré leurs souffrances et leurs efforts, nos vaillants sauveteurs n’ont pas eu la joie de ramener les naufragés, mais cela n’enlève rien à leur mérite. Ni le froid, ni le mauvais temps, pas plus que la présence du sous-marin sur les lieux, ne les a fait hésiter devant leur devoir ; aussi sommes-nous particulièrement heureux de vous les signaler. Je me fais un devoir de vous signaler également l’admirable conduite des braves femmes qui, malgré les rigueurs de la température, n’hésitèrent pas à se mettre à la mer pour aider au lancement du Léon Dufour.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Jacob Hervé.
(1) Vapeur norvégien
(2) Kerloch Yves-Joseph, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 10 AVRIL(1) 1917
Secours à un vapeur grec coulé par un sous-marin allemand.
Équipage du Léon Dufour non mentionné.
Le 10 courant, à 4 h. 20, les guetteurs du sémaphore ayant aperçu des signaux de détresse (costons rouges) dans le S.S.E. du poste, l’un d’eux vint me réveiller. Je fis aussitôt réveiller les canotiers, et à 4 h. 45, le Léon Dufour était à flot. Le temps était clair, légers grains, forte brise de N.W., mer houleuse. Nous fîmes route vers la direction où avaient été aperçus les signaux ; nous contournâmes les Étocs et revînmes vers l’Est, jusqu’aux rochers les Fourches. Le jour étant venu comme nous ne voyions rien, nous remîmes le cap sur Penmarc’h. À 9 heures, nous étions de retour à la station sans avoir rien rencontré. Nous apprîmes ensuite que les signaux avaient été faits par une baleinière contenant 13 naufragés grecs dont le navire avait été coulé par un sous-marin allemand. Cette baleinière était rentrée à Lesconil.
Le Chef guetteur du Sémaphore, Jacob Hervé, Secrétaire du Comité de Sauvetage.
(1) Le 16 avril, sur le tableau de l’abri
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE
1ER JUILLET 1917
Secours au voilier anglais Neotsfield coulé par un sous-marin allemand.
Équipage (onze hommes) secouru par le bateau de pêche Q 2289, de Saint-Pierre, patron Bouguéon.
Équipage du Léon Dufour non mentionné.
Dimanche 1er juillet courant à 14 h. 30 ayant aperçu une baleinière à environ 7 ou 8 milles dans le sud-ouest du sémaphore, je fis armer le Léon Dufour car je ne doutais pas qu’il s’agissait de naufragés dont le navire avait été détruit par un sous-marin ou une mine et je craignais qu’ils ne pussent atterrir avant la nuit. Le temps était beau : petite brise de N.N.E., mer un peu clapoteuse, la marée haute. L’opération de lancement ne dura pas plus de 5 minutes et à 14 h. 35 le Léon Dufour se dirigeait à force rames vers les naufragés. Mais en même temps le bateau de pêche n° 2.289 Q. patron Bouguéon appareillait également et favorisé par la brise il arriva près de l’embarcation en détresse quelques minutes avant nos vaillants canotiers. Il prit à son bord les onze naufragés, et un torpilleur, arrivé sur les lieux l’ayant remorqué sur une partie du trajet de retour, les déposa à 20 heures à la cale de Saint-Pierre. Nos canotiers arrivèrent à 21 h. 20. Le canot a été remisé à son abri hier matin sans avarie. Les naufragés exténués de fatigue faisaient partie de l’équipage du voilier anglais Neotsfield coulé à coups de canon par un sous-marin allemand.
Le Secrétaire-Trésorier du Comité de Sauvetage, Jacob Hervé, Chef guetteur.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 24 NOVEMBRE 1920
Secours au canot de pêche Pierre Aimé, de Kérity.
Un disparu.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Kerloch Yves-Joseph.
Hier, 24 novembre, vers 1 h. 30 du matin, le patron pêcheur Stéphan Jean-Marie et son père, revenant des lieux de pêche, rencontrèrent à 500 mètres environ dans le sud du sémaphore le canot Pierre Aimé n° 4.328 G.V. du port de Kérity flottant entre deux eaux ; ce bateau était habituellement armé par les frères Palud. Les Stéphan firent immédiatement des recherches sur les lieux mais ne découvrirent rien. Ils se décidèrent alors à gagner le port de Saint-Pierre en remorquant le canot naufragé. Arrivés à terre, ils crurent entendre des appels venant de la mer, le vent soufflant très fort en rafales, de la partie E.S.E., ils jugèrent prudent de ne pas reprendre la mer avec leur petit canot et vinrent me prévenir de ce qui se passait. Je fis aussitôt rallier l’armement du canot de sauvetage, qui sortait peu de temps après sous la direction du patron Kerloch(1). Il était 2 h. 10 du matin, la mer était très agitée, le vent fraîchissait, le baromètre descendait rapidement, la température était voisine de 0°. Le Léon Dufour explora la mer et les rochers voisins jusqu’à 3 h. 25. N’ayant rien aperçu ni entendu aucun appel il rallia son port et fut rentré dans son abri au jour. Il s’est très bien comporté à la mer et son équipage fit preuve de courage en restant à bord pendant 1 h. ½ par cette température glaciale avec des vêtements en partie mouillés. Seul Joseph Palud était à bord. Ses effets ont été retrouvés amarrés dans son canot. On suppose qu’il s’est déshabillé et s’est mis à l’eau pour renflouer son canot qui a dû s’échouer sur une roche. Par cette température, il a dû être congestionné en se mettant à l’eau. Son corps n’a pas été retrouvé. Il laisse une veuve et quatre enfants en bas âge.
Le Floch, Chef guetteur, Secrétaire du Comité de Sauvetage.
(1) Kerloch Yves-Joseph
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 22 JUIN 1923
Secours au vapeur anglais Maindy Crance, de Cardiff.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Berrou Jean.
Aujourd’hui 22 juin 1923, par brume intense, avec mer belle, un vapeur anglais Maindy Crance de Cardiff, chargé de poteaux de mine, s’est échoué sur le plateau des Étocs, dans le sud-est de la pointe de Penmarc’h. Pendant une courte éclaircie, vers 7 h 15 du matin, le guetteur de veille ayant aperçu le navire, et ne sachant ce qui pouvait lui être arrivé, donnait l’alarme et, aussitôt, le canot de sauvetage de la station de Saint-Pierre-Penmarc’h, mis à la mer se dirigeait immédiatement sur les lieux du sinistre, guidé par son brave patron Jean Berrou. Parti à 7h. 30 environ, le canot était de retour à 9 h. 45 après s’être rendu compte de ce qui s’était passé lors de l’échouage du vapeur, mais sans avoir eu de naufragés à recueillir. La mise à l’eau du canot a été effectuée très rapidement et avec un entrain admirable.
Le Chef guetteur, Secrétaire du Comité de Sauvetage, Yven.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 31 JUILLET 1923
Secours au canot de pêche GV 4129, de Saint-Pierre en Penmarc’h.
Un marin sauvé par un autre canot de pêche ; un disparu.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Berrou Jean.
Le 31 juillet 1923 vers 14 h. 30, par bonne brise d’ouest, avec mer très agitée, le canot de pêche N° 4129 GV de Saint-Pierre-Penmarc’h, monté par deux hommes (Cosquer Laurent, patron, et Buhannic René, matelot) se rendait en mer pour lever des casiers à homards ; surpris par un fort grain avec pluie et brouillard, ce canot a chaviré dans les brisants aux environs du Menhir. Le canot 4747 GV patron Stéphan Jean et matelot Lijour Jean, également de Saint-Pierre-Penmarc’h, qui se trouvait dans le voisinage du naufrage a recueilli, après de grandes difficultés, le matelot Buhannic René, lequel, quoique déjà très exténué, a pu être ramené à la vie après des soins très empressés qui lui ont été donnés à son arrivée à terre. Quant au patron Cosquer disparu avec son embarcation il n’a été retrouvé que plus tard par le canot de sauvetage de Saint-Pierre-Penmarc’h, accouru sur les lieux du sinistre dès l’alerte donnée. Malgré les soins les plus développés pratiqués à ce dernier par le brave patron Jean Berrou, aidé de ses canotiers d’abord, puis par le Docteur Loussouarn, de Penmarc’h, tous ces efforts sont restés vains et le pauvre patron Cosquer, n’a pu être ramené à la vie.
Le Secrétaire du Comité de Sauvetage, Yven.
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 23 MAI 1925
Secours des canots de sauvetage des stations de Kérity et Saint-Pierre aux bateaux de pêche Saint Louis et Berceau de Saint Pierre. Vingt-sept victimes dont quinze canotiers (sept de Kérity et huit de Saint-Pierre).
Secours des canots de sauvetage relaté dans les annales du sauvetage maritime par le Vice-Amiral, président de la S.C.S.
Le temps était beau dans la matinée du 23 mai 1925 et de nombreux bateaux étaient sortis pour la pêche. Vers midi une tempête s’éleva, soufflant du Sud, aussi brusque que violente. Toutes les barques prirent, aussi promptement que possible, le chemin du retour. De terre, plusieurs personnes, notamment le guetteur du sémaphore, qui observaient des yeux ou à la jumelle la rentrée des bateaux, virent l’un de ceux-ci chavirer à proximité de la tourelle de la Jument. Il était exactement 13 heures ; le bateau était le Saint Louis, patron Dupouy(1), cinq hommes d’équipage. La mer montait depuis environ deux heures et le courant de flot portait au N.-N.-E., c’est-à-dire vers la terre. L’alarme fut immédiatement donnée aux canots de sauvetage ; le sémaphore hissa le pavillon noir et tira deux coups de canon. Les canots Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron, de Kérity, et Léon Dufour, de Saint-Pierre-Penmarc’h, furent armés aussitôt. Comme un certain nombre de canotiers titulaires étaient en mer, des volontaires s’offrirent pour les remplacer, de sorte que l’équipage du canot de Kérity comprenait quatre volontaires sur douze hommes et celui de Saint-Pierre sept sur douze. La mer n’avait pas encore assez monté pour que les canots pussent flotter dans ces petits ports ; néanmoins, les femmes elles-mêmes des marins se mettant à l’eau jusqu’à la ceinture pour pousser les chariots vers la mer, le lancement se fit rapidement, et à 13 h. 20, les deux équipages faisaient force de rames et se dirigeaient vers le lieu du naufrage du Saint Louis. Au même moment (13 h. 20), une autre barque, le Berceau de Saint Pierre, montée par sept hommes, patron Jean Larnicol, faisait naufrage au même endroit que le Saint Louis.
Canot Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron, de Kérity.
Ce canot mit d’abord le cap sur la Tourelle de Runiec (distance 1500 mètres au Sud) où le patron Jégou(2) croyait apercevoir un naufragé. En approchant, il ne le vit plus, mais il rencontra la barque de pêche Arche d’Alliance qui revenait du large et qui lui dit d’avancer dans la direction du S.-O. où les naufrages s’étaient produits. Le canot Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron, qui, jusqu’ici, avait, grâce à la protection des récifs, navigué dans une mer relativement maniable, trouva, en s’engageant dans la passe entre le récif de Men Laou au Nord et la Tourelle de la Jument au Sud, une mer absolument déchaînée, telle que les sauveteurs déclarent n’en avoir jamais vu de pareille. Faisant route à peu près au S.-O. avec le vent de bâbord, une mer hachée venant de plusieurs directions, mais principalement de tribord, le courant de flot portant au N.-N.-E., le canot arrive presque sur l’alignement Men Laou-Jument, et aperçoit des épaves. À ce moment vient sur lui une grosse lame brisante qu’il surmonte parfaitement ; presque aussitôt après, une seconde lame encore plus forte, prenant le canot légèrement par tribord devant, le couche sur bâbord et précipite à la mer la moitié environ de l’équipage dont le patron Jégou. Les hommes restés à bord aident leurs camarades à remonter, mais tandis que chacun est occupé à regagner son poste, une nouvelle lame énorme assaille par le flanc tribord le canot qui, cette fois, fait un tour complet sur lui-même, rejetant au dehors tous les canotiers, à l’exception d’un seul qui s’est cramponné à son banc, et qui, d’ailleurs, lui aussi, fut rejeté par la lame suivante. Il était 13h. 50 quand ce nouveau sinistre se produisit. Le canot, entièrement vidé de son équipage et ayant encore fait un ou deux tours sur lui-même, est poussé rapidement vers la terre par le vent et le courant ; il vient s’échouer sur la basse Men-Talec (à 400 mètres du rivage) où des volontaires partis dans des youyous le prennent et le ramènent au port. Sur douze hommes d’équipage, cinq seulement survivent : le patron Jégou, trois canotiers dont un volontaire, et le sous-patron Coïc(3). Les quatre premiers ainsi que deux autres hommes qui n’ont pas survécu ont été recueillis par le bateau de pêche l’Arche d’Alliance, patron Larnicol(4). Le sous-patron Coïc, dont la belle conduite sera mentionnée tout à l’heure, fut recueilli par l’annexe du Gérald Samuel.
Armement du Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron(5) : Jégou (Joseph), patron ; Coïc (Corentin), sous-patron ; Cloarec (Thomas)†(6), Coupa (Laurent)†, Gourlaouen (François), Jézégabel (Henri)†, Kérisit (Joseph), Kerloch (Henri)†, Le Gars (François)†, Stéphan (Nonna), Stéphan (Yves)†,
Tanniou (Pierre)†, canotiers.
Canot Léon Dufour, de Saint-Pierre-Penmarc’h.
Le Léon Dufour, parti de Saint-Pierre également à 13 h. 20, prit une route convergente avec celle du Comte et Comtesse Foucher de Saint-Faron et vint se ranger dans ses eaux. Il se trouvait à 120 mètres environ en arrière, c’est-à-dire dans le Nord-Est de celui-ci lorsqu’il fut abordé par la même lame qui, quelques secondes auparavant, avait causé le sinistre des canotiers de Kérity. Sous l’effort de cette lame, on le vit se dresser, l’avant en l’air, presque verticalement. L’équipage tout entier fut précipité à la mer par l’effet d’une telle inclinaison, puis le canot retombé sur sa quille, vidé de ses hommes, dériva vers la terre comme l’autre et vint faire côte à 300 mètres dans l’Est de la petite jetée de Kérity. Des douze canotiers, quatre seulement furent sauvés, grâce à la petite annexe du bateau du patron de pêche Le Gall(7) qui recueillit également les corps inanimés du patron Berrou(8), du sous-patron Tanniou(9), et, comme il a été dit, le sous-patron Coïc. Il m’a semblé que je ne pouvais mieux faire que vous lire le rapport étudié et précis rédigé après enquête sur ce drame dont la grandeur même dépasse l’éloquence de tout commentaire. J’ai réuni les deux sinistres qui se sont suivis de si près dans le temps et dans l’espace. Aucun de ces canotiers n’a mesuré l’immensité des forces auxquelles ils s’attaquaient. On les a appelés, ils sont partis courbés sur leurs avirons, ne songeant qu’à une chose : deux bateaux avaient chaviré, peut-être arriveraient-ils à temps pour sauver quelques-uns de leurs camarades.
Armement du Léon Dufour(10) : Berrou (Jean)†, patron ; Tanniou (Vincent)†, sous-patron ; Bouguéon (Michel), Calvez (Alain)†, Calvez (Laurent)†, Carval (Pierre)†, Cossec (Guillaume)†, Drézen (Corentin), Larnicol (Jean)†, L’Helgouarch (Jean)†, Stéphan (Thomas), Tanneau (Pierre), canotiers.
Complément : Intervention des bateaux de pêche l’Arche d’Alliance et Gérald Samuel.
Les canots de sauvetage de Kérity et de Saint-Pierre, sortis à peu près à la même heure, 13 heures 20, avaient fait route et s’étant rencontrés aux environs de Runiec, un peu dans l’Est, se tenaient là sur les avirons (pendant cinq minutes, disent les guetteurs du sémaphore). Le patron Larnicol qui croisait entre Runiec et le Spéis leur fit signe que les bateaux naufragés devaient être au vent à lui dans la direction de la Jument, et les canots de sauvetage repartirent de l’avant, passérent au vent de Larnicol qui les vit naufrager dans les brisants alors très violents, ou plutôt qui s’aperçut tout à coup que les canots avaient perdu leur équipage. Larnicol chercha alors à s’approcher de l’un d’eux pour le réarmer avec son équipage qui était de six hommes et un mousse, lui compris ; mais, apercevant des hommes des canots de sauvetage dans l’eau et qui faisaient des signes, il abandonna sa première idée et fit route vers eux qui dérivaient au N.-E. du lieu du sinistre. Le premier homme approché par Larnicol fut le sous-patron Coïc qui lui dit : « Moi, je tiens, va prendre les hommes qui sont sous le vent et qui demandent du secours. » Larnicol entra alors dans ces parages où la mer était encore assez dure et la manœuvre délicate au milieu des roches, et recueillit successivement Stéphan Nonna, Kérisit Joseph, tous deux canotiers du canot de sauvetage de Kérity, puis Jégou Joseph, patron du même canot, environ 150 mètres au Nord-Ouest, et enfin Gourlaouen(11) un peu plus à terre en face la pointe Devillen. Puis il se remit à croiser, aperçut Coupa Laurent(12) sous l’eau, mais au moins un bras passé dans un gilet de sauvetage ; en essayant de le prendre à la gaffe, la bretelle céda et Coupa disparut. Jégou lui ayant dit : « Il n’y a personne au vent. », il continua à croiser sous le vent et près de Men Dru recueillit à la main Tanniou Pierre, flottant inanimé. Lui voyant encore un peu de vie, et n’apercevant plus personne, Larnicol rentra rapidement pour faire donner à Pierre Tanniou les soins nécessaires, malheureusement inutiles. Le bateau de pêche Gérard Samuel(13), patron Eugène Le Gall, était au mouillage dans le N.-O. de Locarec, quand ayant vu le vent fraîchir Le Gall se décida à partir de terre avec son annexe pour aller le changer de mouillage vers midi 30. Au moment où l’annexe arrivait près du Gérard Samuel, un annexe voisin lui cria : « Un bateau vient de chavirer près de la Jument ». Le Gall une fois à bord prit aussitôt les dispositions d’appareillage, vit un deuxième bateau chavirer au moment où il appareillait, et fit aussitôt route en louvoyant pour s’approcher du lieu des sinistres ; obligé de virer de bord plusieurs fois, dont une près des Firbichons, il arrive près de Runiec, et à ce moment, voit le bateau de Kérity dans les brisants, n’ayant plus d’équipage, puis il voit le canot de Saint-Pierre à pic sur une lame, sans équipage non plus. Il continue à s’élever au vent, et se rendant compte que les naufragés dérivent au N.-E., voyant Larnicol aller les chercher, il fait embarquer quatre de ses hommes : Le Gars Joseph(14), Le Gall Louis, Riou Pierre et Guegalen Louis, dans son annexe, parce que le Gérard Samuel était un trop grand bateau pour aller dans les roches vers lesquelles dérivaient les naufragés. Le Gall tint alors à croiser aussi près que possible de son annexe, manoeuvrant son grand cotre avec le seul mousse Le Pape Baptiste. Sous les ordres de Le Gars l’annexe fit le tour de Runiec par l’Est et le Nord pour venir se mettre debout aux lames qui se gonflaient et même brisaient sur les petits fonds, et recueillit alors trois canotiers du canot de Saint-Pierre qui se tenaient sur un des mâts du Léon Dufour, savoir Tanneau Pierre, Stéphan Thomas et Bouguéon Michel. Ensuite il recueille Drézen Corentin qui flottait avec son gilet de sauvetage, puis Tanniou Vincent, sous-patron, et Berrou Jean, patron du canot de sauvetage de Saint-Pierre, qui tous deux flottaient inanimés, et enfin Coïc, sous-patron du canot de sauvetage de Kérity. Voyant Berrou et Tanniou inanimés, et ce dernier ayant encore de l’écume à la bouche, l’annexe déjà assez chargée fit route vers la terre où Berrou et Tanniou ne purent être rappelés à la vie. Le patron Le Gall, en croisant au milieu des bas-fonds rocheux avec son seul mousse, toucha, perdit son gouvernail, et dut alors fuir vent arrière pour ramener son bateau.
Complément : État des deux canots.
Nous avons demandé immédiatement à M. Normand, constructeur de nos canots au Havre, d’envoyer deux spécialistes sur les lieux pour procéder à une visite complète des deux canots. Voici les résultats de l’examen auquel il a été procédé : Le canot de Kérity est aisément réparable sur place. Il n’a que des avaries superficielles et légères, et aucune dans les œuvres vives. Les dômes de redressement sont aussi intacts que si le canot n’était pas sorti de son abri. Le canot de Saint-Pierre a une rupture d’étambot et quelques autres avaries moins importantes ; cela nécessite son passage dans les chantiers de construction, où il est expédié d’urgence. Ce canot, qui est du type à grande stabilité, n’a pas chaviré, mais en dérivant jusqu’à terre il a dû passer sur des récifs où il aura fortement talonné.
(1) Dupuis Julien
(2) Jégou Joseph, pour toutes les occurrences
(3) Coïc Corentin, pour toutes les occurrences
(4) Larnicol François, pour toutes les occurrences
(5) Rubrique ajoutée par l’association Papa Poydenot
(6) † signifie « victime du sinistre », pour toutes les occurrences (7) Le Gall Eugène, pour toutes les occurrences
(8) Berrou Jean, pour toutes les occurrences
(9) Tanniou Vincent, pour toutes les occurrences
(10) Rubrique ajoutée par l’association Papa Poydenot
(11) Gourlaouen François
(12) Coupa Laurent, pour toutes les occurrences
(13) Gérald Samuel, pour toutes les occurrences
(14) Le Gars Joseph, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 29 DECEMBRE 1929
Secours au trois-mâts Pomorze avec les canots des stations de Kérity, Saint-Guénolé, Guilvinec.
Équipage sauvé.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Stéphan Thomas.
Biger Yves, non cité, est titulaire d’un diplôme.
Le 29 décembre 1929, le guetteur sémaphorique aperçoit dans l’W.S.W., à 5 milles environ, un trois-mâts faisant des signaux de détresse et dérivant vers la côte. Le patron Stephan(1) donne immédiatement l’ordre d’armer le canot de sauvetage Léon Dufour. La mer à ce moment étant basse et aucun passage n’étant accessible vu l’état de la mer, la sortie du canot ne put s’effectuer que vers 10 h. 45 ; il suivit la côte pour se rendre à Kérity par les petits chenaux. Toute la journée le canot s’est tenu dans le chenal de la Jument. À la nuit, le temps toujours mauvais, le canot vint à Kérity où les hommes prirent quelques vivres et procédèrent à la relève de certains canotiers ; vers 18 heures, le canot retourne dans le chenal où il passe la nuit, ne venant à terre que pour se ravitailler et faire des relèves. La nuit du 30 au 31 passe dans les mêmes conditions ; le 31 au matin, la mer étant moins grosse, le Léon Dufour, accompagné des autres canots, se dirige sur les lieux du sinistre. À 7 h. 30, le canot de sauvetage de Guilvinec recueille l’équipage du Pomorze et le ramène au Guilvinec. Le Léon Dufour rallie sa station dans la matinée et il rentre dans son abri vers 10 h. 30.
Le Maître du Phare, Président du Comité de sauvetage, Houchouas.
(1) Stéphan Thomas
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 7 FEVRIER 1931
Recherche d’un bateau de pêche.
Équipage du Léon Dufour non mentionné.
Le samedi 7 février 1931, à 14 h. 40, des personnes occupées à la coupe du goémon, à l’extrême pointe de Penmarc’h ont cru apercevoir un bateau de pêche chaviré et ses occupants à la mer, à l’ouest de l’île Nona(1). Elles sont aussitôt accourues prévenir la station de sauvetage. Le patron et le sous-patron du canot, qui se trouvaient à proximité de la station, ont pris immédiatement toutes les dispositions pour la mise à l’eau du canot de sauvetage Léon Dufour ; la tâche était ardue car la voie était encombréede goémon et, d’autre part, le parcours pour la mise à l’eau était long à faire étant donné qu’on se trouvait en grande marée avec 1 h. 30 de flot seulement. Des cultivateurs qui s’occupaient à charroyer du goémon se sont immédiatement mis à l’œuvre pour dégager la voie, tandis qu’un personnel exclusivement marin s’occupait de la mise à l’eau du canot. À 15 heures, le canot était à flot et fit route aussitôt sur le lieu présumé du naufrage, il explora les alentours de l’île Nona sans rien trouver d’anormal et rentra à la station à 15 h. 50.
Le Chef guetteur, Secrétaire du Comité de Sauvetage, Louis Audren.
(1) Nonna, pour toutes les occurrences
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 30 DECEMBRE 1936
Secours à la goélette Concorde, de Lorient.
Équipage du Léon Dufour non mentionné.
Le 30 décembre à 8 h. 10, le sémaphore de Penmarc’h alertait la station. La goélette à hunier Concorde de Lorient accalmie à 1 mille au S.-W. de la Pointe de Penmarc’h était drossée rapidement vers la côte par suite du courant de jusant et du manque de vent pour gouverner et elle venait d’arborer le signal N.-C. du Code international signifiant : « Je suis en détresse, besoin de secours immédiat ». Malgré la mer à moitié basse, le canot de sauvetage Léon Dufour fut poussé rapidement à l’eau et accosta la goélette à 8 h. 35. Une remorque fut prise par le canot de sauvetage et une pinasse à moteur arrivée peu après et au bout d’une demi-heure d’efforts, ils réussirent à éloigner la goélette des dangers de la pointe de l’île Nona(1), la sauvant ainsi que son équipage en grand danger dans ces mauvais parages. À 10 heures, le canot était de retour au port ayant accompli rapidement sa belle mission.
Le Maître-guetteur, Secrétaire du Comité de Sauvetage, Guillou.
(1) Nonna
RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 23 OCTOBRE 1937
Secours au chalutier espagnol Huerta transportant des réfugiés.
120 personnes sauvées, 41 par le Léon Dufour, 79 par deux bateaux de pêche.
Équipage du Léon Dufour non mentionné, sauf le patron Stéphan Thomas.
Le 23 octobre, à 6 h. 15, je faisais une veille attentive à l’approche du jour en raison du mauvais temps et du fait que le guetteur Bariou avait signalé la veille au soir deux chalutiers espagnols remplis de réfugiés, l’un rentrant à Guilvinec, l’autre à Quimper. En scrutant la mer à la longue-vue, je distinguai à 3 milles W-N-W la silhouette imprécise d’un petit chalutier tenant la cape sans aucun feu. Aussitôt je téléphonai à mon guetteur de venir me seconder immédiatement au poste et j’envoyai un pêcheur prévenir le patron du bateau de sauvetage de rassembler immédiatement son équipage et de se tenir prêt à appareiller à mon premier signal. J’appelai également le maître de phare, M. Houchoua(1), Président du Comité. Ne perdant pas de vue le bâtiment, nous avions la stupéfaction de le voir mettre le cul à la lame à 6 h. 25 et le cap droit sur le sémaphore en laissant le phare du Menhir légèrement par tribord dans des parages qui ne sont que bas-fonds brisant à blanc. À ce moment nous nous rendions compte qu’il était chargé à couler bas, son pont recouvert d’une grappe humaine, et que cette manœuvre de faire côte, coûte que coûte, était nécessitée par sa position intenable car il était submergé par les paquets de mer. Prévoyant le drame rapide qui pouvait se dérouler, nous avons aussitôt précipité l’alarme (pavillon noir appuyé de deux coups de canon) et informé les stations voisines. Jugeant que les secours de ces stations auraient été tardifs je priai les pêcheurs de tenter l’impossible pour armer leurs pinasses. En raison du grand nombre de vies humaines à sauver, le canot de sauvetage de Saint-Pierre se serait trouvé débordé. À 6 h. 50 la pinasse à moteur du patron Lucas(2) appareillait en même temps que notre canot de sauvetage, le Léon Dufour. À 6 h. 55 le chalutier après avoir franchi miraculeusement la ligne des brisants venait s’échouer à 100 mètres dans le Nord-Ouest du sémaphore où, après de graves soubresauts et violents roulis le couchant de tribord à bâbord, il arrivait à se stabiliser assez vite sur les rochers plats et il se trouvait en assez bonne posture pour le sauvetage. La pinasse du patron Lucas l’accostait aussitôt et embarquait précipitamment 25 personnes, mais elle dut se retirer immédiatement, tout son bordage tribord défoncé, son étrave arrachée. Elle réussissait cependant à rentrer au port et à y débarquer son chargement. Notre canot de sauvetage Léon Dufour accostait aussitôt et en deux tournées d’une manœuvre remarquable sauvait 41 personnes. Le patron Bougueon(3) (Michel) et ses hommes avec une très grande plate, tenant bien la mer, en quatre tournées sauvaient 54 hommes. Tous ces sauveteurs, marins spécialisés dans la manœuvre parmi les brisants de notre pointe, ont eu une conduite admirable, d’autant plus qu’au moment où, sans hésiter, ils ont pris la mer ils couraient les mêmes risques qu’en 1925, si comme tout permettait de la supposer le chalutier avait touché avant d’arriver à la côte, la culbute instantanée était certaine. Les patrons Stéphan(4) et Bouguéon sont des rescapés de l’accident de 1925. Les naufragés furent groupés à l’hôtel d’Eckmühl où ils reçurent les soins que nécessitait leur état. Embarqués à Avilez, près de Gijon (Espagne), le 20 octobre, à 18 heures, ils étaient sans vivres et avaient eu à supporter dans des conditions déplorables, sur une coque de noix de 30 tonneaux, une violente tempête et une pluie torrentielle. La population de Penmarc’h a bien accueilli tous ces malheureux épuisés, délabrés et chacun apportait ce qu’il pouvait comme effets secs et chaussures. Toutes les autorités civiles et militaires sur les lieux, avisées par nos soins, se sont occupées de désarmer les soldats et, après les avoir soignés, les ont dirigés dans l’après-midi sur la Colonie de Poulgoazec, près d’Audierne, par ordre de M. le Préfet du Finistère présent avec M. Schmitz, Administrateur de l’Inscription Maritime à Guilvinec. Sur les conseils de M. l’Administrateur, les pêcheurs à la pleine mer du soir ont effectué le sauvetage du chalutier qu’ils ont conduit à Guilvinec. Le canot de sauvetage Léon Dufour a été remisé intact à son abri. Il est prêt, le cas échéant, pour de nouvelles missions.
Le Maître-Guetteur, Secrétaire du Comité de Sauvetage, Guillou.
(1) Houchouas ?
(2) Dont l’équipage comprenait Stéphan Corentin (Cf. diplômes de la Fondation Carnegie et de la Marine Marchande)
(3) Bouguéon Michel, pour toutes les occurrences
(4) Stéphan Thomas RAPPORT SUR LES SERVICES RENDUS
LE 3 OCTOBRE 1938
Secours au canot de pêche Blandine.
Deux marins sauvés par une pinasse.
Équipage du Léon Dufour non mentionné.
Le 3 octobre, vers 10 heures, le sémaphore tire le canon d’alarme. Le canot de pêche Blandine monté par deux hommes, en panne de moteur, est drossé sur un plateau rocheux à 800 mètres dans le Sud-Ouest du sémaphore. En raison du temps (vent de S.-O., bon frais, fraîchissant, mer très houleuse) sa situation exige de prompts secours. Le canot de sauvetage Léon Dufour est aussitôt lancé et se rend rapidement sur les lieux mais se trouve dans l’impossibilité d’approcher par manque d’eau. La pinasse Marie Roger, appareillée également, réussit à l’aide d’une plate à recueillir, non sans peine, les deux naufragés. Peu après le bateau sinistré a coulé par suite de la forte houle.
Le Secrétaire-Trésorier, Maître-Guetteur Guillou. |